Perle de l'art roman de Basse-Normandie, l'abbaye de Cerisy-la-Forêt fur fondée en 1032 par Robert le Magnifique. La nef de sept travées en plein cintre, fut construite entre 1035 et 1087. Achevée en 1110, l'abside est, avec ses trois étages de fenêtres, unique. L'apogée de l'abbatiale est atteinte à la fin du XIIème siècle. Puis l'abbaye décline, subissant les vicissitudes du temps et des hommes.

Histoire de l'abbaye

Les plus anciennes traces de l'histoire de l'abbaye de Cerisy-la-Forêt remontent au vie siècle, alors que la Gaule continue à se christianiser. Saint Vigor, un des premiers évangélisateur du Bessin, reçoit du riche seigneur Volusien la terre de Cerisy(Cerisiacum) avec vingt-cinq villages à l'entour, pour le remercier d'avoir débarrassé la région d'un « serpent horrible qui mettait à mort les hommes et les animaux » (probablement une image pour signifier les idoles gauloises).

Vers 510, le saint homme construit, vraisemblablement à la place d'une table druidique, un monastère ou ermitage dédié aux saints Pierre et Paul.

Parallèlement, d'autres monastères rattachés aux évêchés de Bayeux : (ReviersMont-ChrismatDeux-JumeauxÉvrecy,Livry) et de Coutances (Le HamSaint-FromondSaint-Marcouf) voient le jour, témoignant de la rapide conversion des « païens » à la religion chrétienne.

 

Au ixe siècle, la Neustrie est envahie par les Vikings, qui donneront leur nom à la région (Normandie vient de "Normands" qui signifie "hommes du Nord").

En 891, ils pillent Bayeux, défendue par le comte Bérenger II de Neustrie. Les incursions en terre de Cerisy datent probablement de la même année, avec destruction complète du monastère érigé par Vigor.

En deux siècles, ces redoutables pillards, persécuteurs de la chrétienté d'Occident, se convertissent et deviennent le fer de lance d'une chrétienté agressive et expansionniste. Rollon, leur chef, obtient du roi Charles III le Simple les pays de Basse-Seine par letraité de Saint-Clair-sur Epte en 911, et le Bessin en 924.

 

Le 12 novembre 1032, le duc Robert, en présence d'Hugues d'Ivry, évêque de Bayeux, édicte la charte de fondation d'un nouveau monastère, l'abbaye d'hommes de Cerisy, dédié à Vigor. Mais les archives diocésaines nous font part d'un abbé en fonction dès 1030. Il y avait donc déjà un monastère en ce temps (à tout le moins une église). La fondation de Robert dut se faire avec, ou à partir d'un ensemble déjà existant.

Robert donne différents biens et forêts, dote de privilèges en 1032 et y fait déposer en 1034 des reliques léguées par le patriarche de Jérusalem.

 

Entre 1040 et 1070, les moines bénédictins défrichent autour du site la forêt de Cerisy qui fournit le bois et la charpente nécessaires à la construction voulue par le fils de Robert, Guillaume de Normandie, d'une grande abbatiale à l'image de l'église Saint-Étienne de Caen, bâtie sur un plan bénédictin traditionnel de la Normandie ducale, dans une architecture romane en pierre de Caen. Les travaux auraient débuté selon Philippe Gavet par l'édification de l'abside à trois niveaux d'arcatures entre 1068 et 1072, formant le chevet5. Devenu roi d'Angleterre, Guillaume exportera cet art roman normand d'architecture, que certains qualifient d'anglo-normand. Des convois de pierre de Caen y seront acheminés.

En 1048, Guillaume fait don à l'abbaye d'un os du bras droit de saint Vigor. Mais ce n'était probablement pas l'abbaye telle que nous la connaissons. On suppose que les travaux d'édification des sept travées de la nef furent entrepris durant les deux dernières décennies du xie siècle; quant à l'abside, le tracé de ses fondations daterait de 1089.

Guillaume fera de nombreux autres dons à l'abbaye, et la reliera à la juridiction de Rome.

La construction de l'église romane telle qu'elle subsiste aujourd'hui ne fut donc pas entreprise au temps de Robert le Magnifique, mais en celui de Guillaume, et terminée après sa mort. Elle est donc en partie contemporaine de l'abbaye aux Hommes fondée par ce dernier à Caen, et la question peut se poser du même maître d'œuvre (Lanfranc de Pavie, moine italien) ou pas.

 

Au XIIe siècle, Cerisy étend ses pouvoirs sur les anciennes abbayes mérovingiennes de Deux-Jumeaux et Saint-Fromond et fonde des prieurés à Saint-MarcoufBarnavast etVauville.

À cette époque, une dévotion commune à la cause de l'Église romaine soude les Normands d'Angleterre, de France, d'Italie méridionale et de Grèce. Partout, leur efficacité militaire s'affirme, ainsi que leur talent pour la construction. L'architecture religieuse connaît alors sa période la plus brillante.

En 1178, le pape Alexandre III confirme par une bulle particulière, les privilèges de l'abbaye de Cerisy qui atteint l'apogée de sa gloire au cours de la fin du xiie siècle.

Cerisy est un bourg important à cette époque. L'abbaye comportera jusqu'à quarante-huit paroisses et huit prieurés dont deux en Angleterre (Sherborne et Peterborough).

Tout en dépendant du Saint-Siège, Cerisy entretient d'étroites relations avec les monastères du Mont-Saint-Michel, de Saint-Ouen, de Jumièges, du Bec-Hellouin, de Fécamp et bien entendu de Caen.

Sur cette photo, on devine l'emplacement du réfectoire qui entourait le cloitre.

Suite au concordat de Bologne de 1516, l'abbaye est mise en commende. Comme toutes les abbayes du royaume, cela signifie que l'abbé n'est plus nommé par la communauté des moines, qu'il peut être un laïc, et obtient les bénéfices des revenus de l'abbaye tandis que le pouvoir spirituel est confié à un prieur. Son administration est parfois confiée à une personne nommée à l'extérieur de la communauté. C'est la fin de son indépendance. L'abbaye décline jusqu'à la mort de l'ultime abbé commendataire, Paul d'Albert de Luynesarchevêque de Sens et primat des Gaules, en 1788.

Chateau de l'abbaye, un des bâtiments conventuels.

L'abbaye, qui demeure la plus riche du Cotentin, tombe alors en régale, avant que les six derniers moines et leur prieur, la quittent chassés comme ailleurs, par la Révolution.

Ancien mur de l'abbaye (partie détruite).

L'église et les bâtiments conventuels deviennent biens nationaux. Quatre ans plus tard, la plupart des bâtiments monastiques sont vendus à un artificier qui les démolit puis vend les pierres pour la construction de routes et de maisons ; les terres également sont vendues. Par la suite, ce qui reste des bâtiments conventuels (dont la chapelle Saint-Gerbold) va être vendu à la ferme, ce qui permettra leur sauvegarde. En 1811, l'église abbatiale connaît une nouvelle fois un acte de vandalisme irréparable. Jugeant sans doute l'église trop grande et surtout trop lourde d'entretien (le tonnerre venait de tomber sur la tour causant d'importants dégâts), et malgré l'opposition formelle du curé, le conseil de fabrique (groupe de clercs ou de laïcs chargé de l'administration financière d'une église), décide d'abattre les quatre premières travées romanes et la travée gothique ajoutée au XIIIe siècle, qui avaient déjà été ébranlées par un tremblement de terre en 1775, ainsi que le porche gothique. Les matériaux sont vendus pour payer les réparations nécessaires à la partie restante.

Située dans le diocèse de Bayeux depuis sa fondation, l'abbaye est rattachée au diocèse de Coutances avec la création du département de la Manche, et l'église devient paroissiale. Depuis le xviiie siècle, l'abbatiale est divisée par une cloison permettant aux Cerisiens d'y célébrer la messe sans s'y croiser. En 1811, les cinq premières travées, anciennement réservées aux paroissiens sont détruites comme la façade gothique à trois portails datant du xiiie siècle, laissant comme nouvelle façade, la cloison aveugle.

L'église est classée parmi la première liste des monuments historiques français en 1840, et des restaurations sont entreprises à partir de1880. Le reste de l'abbaye est classé le 17 octobre 1938. En 1964, de nouveaux travaux de restauration sont entrepris.

L’intérieur possède une élévation à trois niveaux (grandes arcades à double rouleau et piles composites, tribunes, fenêtres hautes).

 

Pour approfondir